Soirée au théâtre
Le 9 janvier 2026 à 19h30, au Grand Théâtre de Luxembourg, 45 élèves de nos deux classes de VI du collège de l’école Sainte-Sophie ont assisté au spectacle Pessoa – Since I’ve been me, mis en scène par l’artiste américain pluridisciplinaire Robert Wilson.
Le spectacle est basé sur les poèmes d’un seul auteur : Fernando Pessoa, d’où une partie du titre de spectacle. Pessoa est un poète portugais du début du XXe siècle, surtout connu pour ses écrits sur la multiplicité de l’âme. Il a inventé les « hétéronymes », des alter ego imaginaires, chacun possédant son propre style, sa langue et sa biographie. Ses poèmes sont ainsi publiés sous différents noms, comme Alberto Caeiro ou Ricardo Reis.
Robert Wilson, grand dramaturge et metteur en scène américain, semble s’être reconnu dans l’œuvre de Pessoa, à la fois subtile, complexe et parfois loufoque. Le spectacle met en avant trois grands thèmes, qui forment comme un parcours à travers une vie, en marquant des étapes importantes.
Le premier thème est celui de l’Amour. Nous assistons au monologue d’une femme tenant une lettre. À travers ses paroles, on devine une rupture amoureuse, qui lui procure à la fois du soulagement et de la peine. Il s’agit d’une délivrance, certes, mais aussi d’une joie qui s’éloigne. Elle évoque l’idée que l’habitude d’aimer nous fait aimer, et que cet amour rend les gens, peut-être, heureux.
Le deuxième thème est celui de la Mort et de la Renaissance. Le spectacle débute par une route sur un océan, balisée par des sphères rouges. À première vue, la mort ne s’impose pas immédiatement, mais elle apparaît plus tard. Dans la quatrième scène, un bois sombre envahi par le brouillard évoque un monde entre la Vie et la Mort. Les torches allumées peuvent représenter des âmes perdues ou une quête de sens. Les personnages parlent à la fois de la vie qui s’enfuit et de la mort qui les prend dans ses bras.
Les personnages semblent alors ne former qu’une seule voix, comme s’ils racontaient l’épopée d’une seule personne — Pessoa, évidemment. Après la mort apparaît une lumière douce : ce sont des souvenirs flous, que le personnage ne reconnaît plus comme les siens. Il ne sait plus qu'il est. Il renaît. Il s’interroge alors sur son âme, son identité, son appartenance : qui est-il ? Que signifie ce cycle infini ?
En parallèle à la renaissance, le thème de la mort continue d’être présent. Un personnage évoque un voyage qu’il a commencé — celui de la mort — et qu’il ne terminera jamais. Il ne serait parti d’aucun port et se dirigerait vers un port inexistant, une ville irréelle, à bord d’un bateau quelconque. Il parle d’un temps impossible à mesurer, différent du nôtre. C’est ici que l’on peut faire le lien avec la première scène : tout se déroule en mer, sur une route infinie et indéfinie.
Le troisième thème - le plus important - est celui de la multiplicité de l’âme, déjà évoqué au début de cet article. Chaque partie de l’âme devient un personnage à part entière, avec ses propres phrases, ses monologues et son style : du joyeux luron au fol aventurier. Les personnages se moquent souvent les uns des autres. Pourtant, malgré leurs différences, ils partagent parfois les mêmes pensées et répètent les mêmes phrases en boucle : « Ils sont Un, et forment un Tout » ou encore « L’Homme ayant regardé le ciel comprend qu’il y a des étoiles qui appartiennent au ciel et se comprend lui-même ». Finalement, même si notre âme est divisée, elle reste une. Cela correspond parfaitement au titre Since I’ve been me (« Depuis que j’ai été moi »), qui pose la question du Moi et de sa construction.
L’immersion est une grande part de la beauté de Pessoa – Since I’ve been me. La pièce est riche en jeux de sons, de lumières, d’ombres et de couleurs. La prestation des comédiens, qui déclament leur texte en quatre langues — anglais, français, portugais et italien —, la musique éclectique, allant de la flûte inquiétante à la guitare vibrante, ainsi que les bruits d’animaux et les rires parfois forcés, insufflent une véritable vie aux scènes tout en amplifiant les thèmes explorés. Robert Wilson cherche à nous faire ressentir à la fois la peur et la sérénité. Ce sentiment est renforcé par les couleurs contrastées, notamment le rouge et le blanc, très présents, ainsi que par les lumières qui, selon les moments, aveuglent ou hypnotisent. C’est un véritable festival pour les yeux.
C’est une œuvre que j’ai adorée. À voir au plus vite !
Écrit par Arūnas Gerard, 13 ans, élève du collège de Sainte-Sophie, Luxembourg.
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |



